« Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale,
même si elle ne fut pas dépourvue de lumière ».

Préambule de l’Accord de Nouméa

visite à la tribuAUTEUR : Patrick de VIVIES

Pour reconnaître un phénomène, encore faut-il préalablement le connaître. Or l’histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie est encore mal connue. De vastes zones d’ombre subsistent notamment sur les premiers événements de l’histoire coloniale et sur les lieux de peuplement mélanésiens dans le Grand Nouméa, avant leur destruction et le déplacement des populations concernées.

Le chercheur qui se penche sur cette page bouleversée des premiers temps (1854 à 1859) de la colonisation dans la presqu’île de Nouméa et ses environs est tout d’abord confronté à la pauvreté, quantitative et qualitative des sources écrites disponibles. Quelques récits anciens subsistent, issus principalement de notes manuscrites retranscrites au retour des expéditions militaires (1), pouvant, de l’aveu même de l’un des auteurs contenir des erreurs de dates ou des inexactitudes dans la descriptions des lieux.

kanaks-1um-3Les narrations de ces premières expéditions sont très explicites sur le caractère violent des relations entre les nouveaux arrivants et le peuple d’origine. Les itinéraires décrits permettent parfois de localiser les lieux de diverses zones de peuplement dans le Grand Nouméa.

Ces descriptions sont pourtant souvent trop incomplètes pour suffire à identifier de manière formelle une zone de peuplement, et le nom des villages est souvent déformé par la francisation approximative, et variable selon les auteurs, de la toponymie.

Ces récits anciens présentent une image de la société mélanésienne, mais il est difficile de démêler ce qui relève de l’information historique de ce qui nous renseigne sur les préjugés de l’époque(2), dans le contexte de confrontation brutale dans lequel ces informations ont été recueillies.

P1020536L’archéologie peut bien sûr venir en complément des sources écrites. Pourtant, l’urbanisation rapide de l’agglomération dans le contexte de la revendication foncière incite à la destruction des sites. Les pétroglyphes, abondants au trou des nurses, ont été pour la plupart détruits, concassés lors de la construction de la voie express. Bien des propriétaires découvrant ici une zone de sépulture, là des tertres de cases ou des tarodières, au mieux taisent l’existence de ces vestiges, au pire les détruisent.

La mémoire orale, ultime source pouvant venir au secours du chercheur, est fragile, menacée. D’abord le souvenir a été bousculé par les déplacements de populations qui ont distendus les liens aux lieux, aux tertres. Ensuite, la mémoire non écrite tend à disparaître avec le départ des vieux qui ont connu ceux qui vivaient là-bas avant.

De vastes zones d’ombre subsistent sur notre histoire et certaines pages pourraient disparaître à jamais si nous ne nous dépêchons pas de recueillir ce qui subsiste encore aujourd’hui et pourrait s’éclipser pour toujours.

carte--baie-de-dumbéaCar le passé conjugué au présent, ressurgissant par le lien à la terre et la revendication foncière qu’il alimente, pourrait précipiter la disparition l’histoire.

Cherchant à ramener aujourd’hui ce qui fût un moment, sur une terre devenue ville, dans une improbable tentative d’arrêter le mouvement de l’histoire pour le retour à un illusoire temps perdu, ne peut-il pas devenir un obstacle  à la connaissance, et par là même la reconnaissance ?
Le passé conjugué au présent ne guide-t-il pas la main qui détruit l’ultime témoignage de notre passé commun ? N’alimente-t-il pas la peur d’un avenir qui nous oppose à nouveau ?

Comme si le sens du lien à la terre se perd lorsque la terre est recouverte par la ville,  et qu’il invite au repos, dans le passé, de l’esprit de nos anciens, pour leur ouvrir la possibilité d’être enfin reconnus. Pour que cette reconnaissance de notre histoire commune puisse servir de fondation à un destin enfin partagé.

 

Patrick de Viviès

 

(1) Souvenir des trois moineaux 1855-57 et manuscrit de Malherbe 1856-1859
(2) Lire à ce sujet Heurs et malheurs du pays de Numéa, Jean Guiart 2000

P1030161Auteur : Patrick DE VIVIES

Le destin commun est au coeur de l’Accord de Nouméa. Il mobilise dans la rue. Il occupe une place de maître dans tous les discours. A observer la manière dont s’organisent les cérémonies du 24 septembre, on aurait envie de dire : le destin commun, oui, mais lequel ?

Entre ceux qui organisent un pique-nique républicain pour un destin commun dans la France, ceux qui se retrouveront autour du Mwâ Kâ dans le cadre de la grande journée citoyenne, ceux qui critiquent la manière dont s’organisent les cérémonies autour du Mwâ Kâ cette année, déplorant une certaines mise à l’écart du comité 150 ans et la perte du sens profond d’une démarche s’enracinant dans la coutume avant de s’ouvrir aux autres communautés, on peut légitimement s’interroger sur le paradoxe qu’offre la division des visions d’un destin censé être partagé.

mwa ka 2008Tant de différences entre ces perceptions du destin commun, tant de mains tendues, de malentendus, de rendez-vous ratés. Saurons-nous nous retrouver ? autour de quel projet ?

mwaka 1Les drapeaux et  symboles des uns font fuir les autres. Ils semblent nous séparer et, sans doute nous éloigner de ce chacun revendique pourtant chacun de son côté.

Saurons-nous concevoir notre avenir sous un autre angle que celui de notre relation à la France ? Saurons-nous entrevoir que l’enjeu de notre avenir est comment allons nous parvenir à vivre vraiment ensemble ?  

Patrick DE VIVIES

siyapastoiAUTEUR : Patrick DE VIVIES

Il y a quelques semaines à propos du succès rencontré par ce blog, j’écrivais qu’il démontrait « la vitalité du monde associatif et le dynamisme de la société civile. Il ne faut pas se tromper sur la nature de ce qui se passe à Dumbéa (…) le mouvement associatif qui s’éveille dans le nord comme au sud transcende les clivages. Il est le fruit d’une dynamique fondamentalement citoyenne et apolitique. »

P1030176La forte mobilisation à Nouméa le 12 août à l’appel d’un collectif citoyen apporte une nouvelle illustration que quelque chose de nouveau se passe au sein de la société calédonienne, qui dépasse largement les frontières des représentations habituelles -syndicales ou politiques.

Le sociologue Pierre Bourdieu (1) a analysé les relations souvent ambigües qui pouvaient exister entre les délégués  représentants d’un groupe – qu’il soit politique, syndical ou associatif – et leur mandants – adhérents ou militants – parlant d’une « usurpation légale » pour décrire la manière dont les mandants peuvent se trouver en quelque sorte dépossédés.

Dans le contexte d’un paysage politique particulièrement divisé, la dynamique citoyenne rassemble. Une nouvelle donne pour des partis et les syndicats, qui considèrent  un peu trop qu’il détiennent le monopole de la représentation du citoyen et de l’expression légitime de l’opinion, et qui doivent desormais compter avec une action civile qui sait se faire entendre directement pour accompagner les transformations dont la société calédonienne a besoin. Peut-être une manière pour le citoyen de reprendre possession de sa liberté de jugement ?

Patrick DE VIVIES

PS :  les grands médias nationaux ont donné un large écho à cette marche citoyenne qui a offert une image de la société calédonienne qui a pu contrebalancer -espérons-le – celles alimentant les clichés d’une gerilla urbaine aux relents néo-colonial qui avaient été largement diffusés.

Voir notre revue de presse : L’express, Le figaro, Libération, Le point, TV5Rfi, Le matin

(1) Pierre Bourdieu, la distinction, critique sociale du jugement, les éditions de Minuit

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Plus de 25 000 personnes, 26 000 selon certaines sources, sont venues défiler à l’appel du collectif citoyen, dans la paix et le silence. « Si y’a pas toi, y’a pas moi » résumait la démarche d’une société civile qui a voulu monter qu’une majorité de Calédoniens souhaite la poursuite de la construction du destin commun. Les dernières semaines nous ont rappelé la fragilité des équilibres qui permettent que soit préservée la paix et le respect de l’autre.

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n154260693760_2603De nombreuses personnes issues de la société civile, entrepreneuriale, syndicale, artistique, associative…viennent se regrouper en un collectif citoyen en faveur du destin commun.

Les dernières semaines viennent en effet brutalement de nous rappeler que cette valeur fondamentale sur laquelle repose la construction de la Nouvelle-Calédonie est fragile.

A l’occasion du 20ème anniversaire de la poignée de mains entre Messieurs Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, est née une formule que le collectif souhaite aujourd’hui faire sienne: « si y’a pas toi, y’a pas moi ».

Elle rappelle l’obligation de se fédérer, au delà des frontières politiques, au delà des intérêts catégoriels, au delà des ethnies, autour de la notion de vivre ensemble en harmonie.

La construction dans la paix de ce pays est à ce prix.

Nous sommes fiers et partageons les termes et spécificités de l’accord de Nouméa. Pour que cet édifice construit avec patience et détermination ne soit pas mis en péril, pour que le message et les valeurs de cet accord prennent aussi tout leur sens auprès de nos enfants et de l’ensemble de ceux nés après sa signature,

GRAND RASSEMBLEMENT MERCREDI 12 AOÛT A 9H00, BAIE DE LA MOSELLE, NOUMÉA. MERCI DE NOUS Y REJOINDRE NOMBREUX.

« si y’a pas toi, y’a pas moi » COLLECTIF CITOYEN

e-mail: lecollectifcitoyen-nc@live.fr