P1020559AUTEUR : PASCAL GUILLOTIN

Il était une fois un beau village avec un beau pré ! Tous les habitants du village pouvaient y mener leur vache pour qu’elle y broute une belle herbe bien grasse et bien verte. C’était à tous et pour tous.
Un habitant se dit un matin que, cette herbe étant gratuite, il pourrait avoir deux vaches au lieu d’une. Puisque c’était à tous, c’était donc à lui ! Il y mena donc ses deux vaches. Un autre habitant se dit que, puisque l’autre avait deux vaches, lui aussi pouvait en avoir deux et donc il en mena trois. D’habitant en habitant et de vache en vache, le pré devint un bourbier stérile et plus personne n’eut de vaches …

Chaque individu a intérêt à utiliser au maximum le bien commun pour augmenter son profit individuel, mais est- ce bien humain ? Les communs, quels sont ils ?Dans les villages de métropole, du temps des vieux, ce pouvait être le pré communal, la fontaine ou la source communale, le pressoir, le lavoir, la meule, l’étang, la batteuse … Toutes les sortes de choses qui devaient se partager entre tous pour permettre à tous une hygiène, un confort de vie.

_DSC1228L’intérêt de l’individu était l’intérêt de tous et les relations entre les gens étaient étroites et rythmées par l’utilisation des communs et les fêtes qui souvent y étaient organisées  fête des moissons, des poissons, des vendanges, des olives …). Même les danses étaient liées aux travaux faits avec les communs, elles étaient spécifiques aux villages, aux cantons, aux régions et mimaient souvent les gestes de la vie, du travail. Commun, commune, communauté ! Cela a marché en Europe et dans le monde depuis que l’homme est homme, ne l’oublions pas et faisons le savoir. Le mode de vie « z’oreille » depuis des générations n’était pas loin de ressembler à la coutume kanaque d’aujourd’hui !

Compétition, rendement, exploitation, développement, consommation, sont les leitmotivs de notre temps et sont encore, même malmenés par la crise, les références que l’on se doit de suivre si l’on ne veut pas être accusé de nuire à la sacro sainte « croissance » mère de toutes les vertus … Ca n’a pas marché, toutes les vaches dans le toujours trop petit pré, non plus, et la mère croissance, on dirait quelle ne marche pas non plus !

La communauté dans son sens noble n’est plus d’actualité !

Et aujourd’hui, quels sont les communs qui nous restent en Calédonie : l’eau potable est aux mains de multinationales, le lavoir à la maison et le reste au magasin !

P1020657Mais la nature, l’eau des rivières, l’air, la biodiversité, la liberté, le savoir … et que sais je encore, toutes les choses que les habitants de la planète sont en droit d’avoir en quantité et en qualité sont encore à essayer de garder dans nos communs, c’est à tous, à vous, à moi, aux autres … Qu’en a t’on fait ? En quelques dizaines d’années nous avons réussi à raréfier l’eau, polluer l’air, réduire la biodiversité, et une grande partie des peuples n’ont pas accès au savoir.

Alors quoi ? Sais pas ! La solution reste à trouver et il va falloir faire vite, en Calédonie comme ailleurs dans le monde.

Ce dont on peut être sûr, c’est que le sort de la planète et donc le nôtre, passe en commençant par balayer devant sa porte. Justement devant ma porte il y a une rivière, une encore belle rivière : la Dumbéa, dans le top trois des rivières les plus riches du pays aux nouzotes ! Elle fait partie du monde et du commun de plusieurs milliers de personnes et pourtant :

P1020650Chaque semaine, des pick-up repartent la benne pleine de bois.
Chaque semaine, des « habitants » viennent y jeter leur ordures, y laver leurs belles voitures.
Chaque jour, des tireurs ou des tuneurs viennent y pétarader et déranger les autres.
Chaque saison, le feu des uns détruit un peu plus la nature de tous.

Puisque c’est à tout le monde, alors c’est à eux ! Et puisque c’est à eux, ils peuvent en faire ce qu’il veulent, sans penser aux autres.

Mais nous sommes chacun les garants de nos communs, nous devons les respecter et les partager et si nous n’y arrivons pas, alors il faut qu’une instance représentant tous ceux qui bénéficient des communs soit là pour informer, éduquer et réprimer s’il le faut. Au temps de la vie qui s’articulait autour des communs il y avait déjà le garde champêtre, représentant de, devinez quoi : la commune, qui elle même se devait d’être garante du bien commun de ceux qui l’avaient désignée. Les habitants, eux, se rassemblaient : au sein de corporations, de groupements de métiers ou simplement à la sortie de la messe, aux champs ou au lavoir pour parler et verbaliser leurs problèmes et leurs attentes et ainsi  porter la voix de la communauté.

Voilà pourquoi nous nous parlons, nous nous réunissons, nous nous regroupons dans des  associations ! C’est pour porter la voix des « habitants », pour exprimer leurs demandes, leurs attentes, leurs « coups de gueules » face à ceux qui considèrent que puisque c’est à tout le monde, c’est à eux… !!!

Il est beau le mot « commun » il faut lui redonner son sens !

Pascal Guillotin
Président de Dumbéa Rivière Vivante

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