P1020991Pendant que la planète est frappée par une crise économique internationale sans précédent, la Nouvelle-Calédonie affiche une richesse par habitant parmi les plus élevée de la région après une croissance soutenue de près de cinq décennies.

P1020959Pendant ce temps là, un Calédonien sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté(1). A Dumbéa, d’après les données disponibles et dans l’attente des résultats du recensement en cours, plus de 10 % de la population vivrait dans un squat, c’est-à-dire dans un habitat précaire, souvent insalubre.

P1030024Dans le même temps, la classe moyenne a vu son pouvoir d’achat s’éroder alors qu’augmentent les prix et les profits. Il devient de plus en plus difficile pour de nombreuses familles de se loger. Plus de 40 % des Dumbéens vivraient dans un logement social, une notion qui recouvre toutefois des réalités très différentes. Il n’y a pas grand-chose en commun entre les lotissements résidentiels du FSH 6eme secteur par exemple, et les quartiers anciens et surpeuplés de la SICNC à Koutio.

P1030021Beaucoup de Calédoniens dont les deux conjoints travaillent sont contraint d’échanger quelques heures de trajet par jour contre la possibilité de devenir propriétaire d’une maison individuelle. Ils contribuent au développement des nouveaux quartiers résidentiels de Dumbéa et des autres communes de la périphérie nouméenne, illustrant le fait que l’augmentation du prix des terrains à Nouméa fait fuir des familles dont les revenus sont pourtant très honorables.

P1030016Ou sont donc passés les fruits de la croissance spectaculaire que les chiffres de l’économie calédonienne retracent ? C’est simple, moins de 20 % des foyers perçoivent à eux seuls 55 % de l’ensemble des revenus(1). La société calédonienne serait ainsi aussi inégalitaire que celle de l’Afrique du Sud(2).

Dans le contexte politique et institutionnel de l’Accord de Nouméa, on peut légitimement se demander si on parviendra à construire le destin commun en accroissant les inégalités. La recherche d’une répartition plus équilibrée des fruits de la croissance n’est pas seulement guidée par le souci d’une plus grande justice sociale.

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Les économistes mesurent la répartition des richesses créées entre salaires et profits (EBE). En Europe, 60 à 65% de la valeur ajoutée va au travail. En Nouvelle-Calédonie, c’est l’inverse et les déséquilibres se sont creusés pendant le boom de ces dernières années.

Les économistes savent bien que les répartitions déséquilibrées de la valeur ajoutée finissent par tuer la croissance. Car les entreprises, pour gagner de l’argent ont besoin de clients avec du pouvoir d’achat pour acheter ce qu’elles vendent.

Le modèle de développement sur lequel a fonctionné la Nouvelle-Calédonie est à bout de souffle et il est temps d’inventer un nouveau modèle, adapté au monde d’aujourd’hui.

Un tel changement ne peut naitre que d’un consensus entre les acteurs économiques, politiques, et sociaux du pays sur les objectifs à atteindre. En seront-ils capables ?

(1) Les défis de la croissance calédonienne, CEROM (2008)

(2) Olivier Sudrie, économiste, Conférence économique, 2 avril 2009

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