P1020796P1020790AUTEUR : Patrick DE VIVIES

En parcourant le bord de mer dans le lotissement de la pointe à la dorade, qui est le premier quartier habité de Dumbéa-sur-mer, la menace pesant sur la mangrove dumbéenne est bien visible. Ordures, plastiques, déchets ménagers sont abandonnés en abondance sur chacun des cul-de-sac du lotissement qui offrent un accès à la mer. On y trouve même, à quelques mètres de l’eau, des déchets hautement toxiques comme des batteries, abandonnés dans ce qui ressemble à de véritables dépotoirs sauvages.

Mais cette pollution du fragile écosystème de la mangrove n’est que la partie visible de la pression résultant de l’urbanisation rapide de la façade maritime de Dumbéa. En effet, le réseau de traitement des eaux usées de ce lotissement qui accueille environ trois cents foyers n’est aujourd’hui pas opérationnel, si bien que l’on peut légitimement se demander si une part importante de cette pollution ne va pas directement dans la mangrove et à la mer. (voir Les Nouvelles Calédoniennes du 30 janvier 2009)

P1020798En effet une station d’épuration provisoire de 240 équivalents habitants avait été construite par le promoteur du lotissement en attendant d’en construire une plus grande. Mais la construction de cette dernière a été refusée par la mairie en 2004, parce qu’elle empiétait légèrement sur une zone maritime. Puis, lorsque le secteur a été intégré dans la zone d’aménagement concertée de Dumbéa-sur-mer en 2006, le lotissement de la pointe à la dorade s’est trouvé au milieu d’un véritable imbroglio juridico-financier opposant l’ancien promoteur, la commune de Dumbéa, la Secal, gestionnaire de la ZAC pour le compte de la Province sud (voir Les Nouvelles-Calédoniennes du 11 novembre 2008)

Depuis près de quatre ans, les pouvoirs publics sont donc  informés que la station d’épuration est saturée. Avec les conséquences qui en découlent en terme d’hygiène publique et d’environnement, sans qu’une solution n’ait pu être trouvée.

P1020827Comme si cela ne suffisait pas, la mangrove doit à présent absorber les milliers de mètres cubes de boues que les pluies drainent. En effet, plus de deux cents hectares sont en cours de terrassement sur le vaste chantier de Dumbéa-sur-mer et les pluies des ces derniers mois sont la source d’une intense érosion.

Cette imposante pression  sur un écosystème aussi fragile que la mangrove surprend de la part d’acteurs publics engagés dans un aménagement urbain novateur présenté comme respectueux de l’environnement.

P1020793La mangrove joue un rôle central dans la chaine alimentaire du lagon, dans la préservation de la mer contre l’érosion et dans la reproduction des poissons. Et notamment dans la reproduction des poissons d’eau douce vivant dans la Dumbéa, comme l’on démontrés les études (1) sur la faune de poissons d’eau douce réalisées par Dumbéa rivière vivante et par la Province sud. La Dumbéa abrite une faune dulçaquicole parmi les plus diversifiée de Nouvelle-Calédonie. La plupart des espèces recensées dans le cours supérieur vont se reproduire dans la mangrove de l’estuaire aujourd’hui en danger.

 Il serait donc grand temps que les pouvoirs publics se mobilisent pour limiter l’impact de l’urbanisation de cet écosystème en danger. Ne croyez-vous pas ?

P1020804(1) Faune ichtyologique et carcinologique de Nouvelle-Calédonie, Christine Poellabauer,Province sud, Faune aquatique de la Rivière Dumbéa, Christine Poellabauer, Dumbéa rivière vivante.

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