knk-autour-du-feu-zoomAUTEUR : Patrick DE VIVIES

Dumbéa est une des seules communes de Nouvelle-Calédonie, avec Nouméa à ne pas avoir de tribu sur son territoire. La localisation des anciennes tribus de Dumbéa est difficile à déterminer. Les sources historiques sont souvent contradictoires et la tradition orale coutumière gardée dans le secret de la mémoire des vieux. Nous avons déjà relaté la fin tragique du village de Nundo, dernier lieu de peuplement kanak à Dumbéa.

village-knk

Une carte ancienne, levée et dessinée par le sous-lieutenant d’artillerie de Marine P. Bregec en 1867 (1) permet de localiser avec précision le village kanak qui était installé au bord de mer, sur la baie de Koutio-Kouéta, à l’emplacement de l’ancienne quarataine animalière, ou se construit actuellement le futur Médipôle de Koutio.

fregates-la-perouseLapérouse dans la baie de Koutio-Kouéta ?

Bernard Brou, dans l’article intitulé  » Laperouse, découvreur de la Nouvelle-Calédonie » (2), arrive à la conclusion que ce village kanak est celui du district de Nimbo mentionné par Antoine Bonnemaison, un déporté arrivé en Nouvelle-Calédonie vers 1872 et reparti en 1877. Si sa conclusion est exacte, elle apporterait la preuve que Laperouse aurait mouillé dans la baie de Koutio-Kouéta après 1785.

En effet, Antoine Bonnemaison aurait remis à un ancien aspirant de Dumont d’Urville un instrument de géodésie – un graphomètre – aujourd’hui au musée de la Marine à Paris qu’il déclara avoir « trouvé dans une case du district de Nimbo en Nouvelle-Calédonie« . Or ce graphomètre, couverte de fleur de lys, provient de l’expédition de Lapérouse comme l’a établi Bernard Brou.

Depuis le fort Téréka, la baie de Numbo et celle de Koutio-Kouéta semblent proches.

Depuis le fort Téréka, la baie de Numbo et celle de Koutio-Kouéta semblent proches.

Ce dernier chercha longuement l’emplacement du « district de Nimbo » mentionné par Antoine Bonnemaison. La carte de Bregec, retrouvée par Bernard Brou avec le concours de M. Gravier, chef du service topographique de Nouméa, mentionne bien la présence d’un village kanak. Pourtant aucune dénomination n’est inscrite sur le carte historique. Bernard Brou s’appuie sur la proximité de l’ilôt Numbo et du Mont Vétiu (ou Ouétiou), aujourd’hui dénomé Pic aux mots en raison des sépultures kanak qu’il abrite, et sur la toponymie pour déduire que ce village est bien le village du district de Nimbo. La proximité de la baie de Numbo l’a invité à considérer qu’il s’agissait là d’un « groupe humain mobile ». En effet, partageant le même phonème N’mb’, les noms Numbo, Nemba, Nimbo, Nimba peuvent traduire une francisation approximative d’un même terme indigène.

Les Déo, clan de pêcheurs de Koutio-Kouéta

Aucune autre source écrite ou orale n’est venu confirmer l’appelation de Nimbo pour le village kanak de Koutio-Kouéta. D’autres lieux, non répertoriés dans l’article de Bernard Brou, portent le nom de Nimba ou Nemba, notamment la plaine Adam qui était ainsi dénommée  dans le traité de concession de 1859 au profit du colon Adam. La plaine traversée par la Ouénaoué peu avant la confluence avec la Dumbéa porte également le nom de Nimba. Cela marquerait-il le parcours d’un chemin d’échange entre les clans de pêcheurs de la mer et les cultivateurs d’ignames de l’intérieur ? La toponymie ne peut suffire à étayer cette affirmation.

L'îlot Numbo et la pointe Ouéta, vues des Monts Koghi

L'îlot Numbo et la pointe Ouéta, vues des Monts Koghi

Selon Jean Guiart (3), un lignée de pêcheurs, les Déo, « qui revendiquait une appartenance au Té Waka » occupait l’ouest- sud ouest de la Péninsule de Nouméa. Les Togna en serait les descendants.

 » Le chef Déo, Kobala (Combala) dominait la côte basse de la Dumbéa, c’est-à-dire la mangrove, ce qui explique son installation permanente à Koutio-Kwéta. »Son domaine touchait celui d’un autre clans de pêcheurs, les Betowé, au niveau de l’embouchure de la Dumbéa.

L »information cartographique levée en 1867 apporte en tous les cas un témoignage précis et sans ambiguité sur la localisation du village du clan des pêcheurs installé au bord de mer à Koutio-Kouéta. Ce village  aurait-il accueilli l’expédition Lapérouse lors de son passage en Nouvelle-Calédonie ? Les éléments collectés par Bernard Brou semblent l’indiquer bien qu’il soit difficile de l’affirmer sur la base d’un rapprochement par une approche toponymique.

Patrick de Vivièscarte-nimbo

(1) Archives du service topographique de Nouméa

(2) Bulletin n°74 de la Société des études historiques (1988)

(3) Heurs et malheurs du pays de Numéa, Jean Guiart (2000)

P1020477Auteur : Patrick de Viviès

P1020476Visibles sur la route du barrage ou route de Koé, quelques centaines de mètres après avoir quitté la RT1, les ruines de la sucrerie de Nimba sont un des vestiges les mieux conservés de l’épopée des sucriers de Dumbéa.P1020473

 

Evenor Degreslan et Paul Duboisé fuient la crise sucrière sur l’ile Bourbon et s’installent en Nouvelle-Calédonie en 1863 et 1864.

 

P1020478champ-de-canne-à-sucre

Ils s’associent pour planter la canne à sucre et monter une rhumerie. Ils s’installent sur la rive gauche de la Dumbéa, à Nimba, suivis de créoles et de malabars réunionnais, sur des terrains loués à Didier Numa Joubert : 132 hectares sur la plaine de Nimba.

 

proriétés-Degreslan-

ANC Extrait Périmètre de la Dombea 2num 16

Le Gouverneur Guillain promit une prime de 500 hectares au premier colon qui parviendrait à doter la colonie d’une sucrerie. Numa Joubert, associé au réunionnais Gustave Clain toucherons la prime, en juin 1868. Evenor Degreslan la touchera finalement également trois ans plus tard en 1871.

Il reçoit une concession gratuite de 500 hectares sur la rive droite qui s’entendait depuis le départ de la route de Nakutakoin après le pont sur la Dumbéa jusqu’au bas du col de Katiramona.

Les deux férus d’agriculture réalisent un jardin d’essai à Nimba pour étudier le rendement de différentes sortes de cannes et pour acclimater des tubercules comestibles et des arbres fruitiers (1).

P1020472Ils introduisent ainsi la patate douce, le letchi, l’avocat, les mangues et plantent même du riz. Evenor Degreslan, plante également autour de sa demeure toutes sortes d’arbres de palmiers, de plantes exotiques qu’il fait venir de la réunion : sapotiers, kapotiers, cerisiers de Madagascar, pommiers de Cythère, citronnelle, vanille… On prête même à Evenor Degreslan l’introduction du Merles des Moluques pour lutter contre les invasions de sauterelles (4).

Paul Duboisé épousera Rose Joubert, la fille de Didier Numa Joubert (3) et reparti quelques années plus tard en Australie, à Hunter hills, dans le fief des Joubert (1)

Propriété-Duboisé-et-Grelan

ANC Album Robin – de Greslan 1 Num 1 - 23 E. Robin "Plaine de Némba, Propriété Duboisé et Grelan, Dumbéa", 1868.

Degreslan-Evenor

Evenor Degreslan

Evenor Degreslan devient propriétaire en 1871 de la plaine de Nimba qu’il rachète à la fille de Numa Joubert et possède en 1872 plus de 2300 hectares.

Dès 1867, il fait parti du conseil privé du Gouverneur et est chargé, en 1874 de recenser la population blanche du sud de la colonie.

Il préside à deux reprises la commission municipale de Dumbéa et siègera au Conseil général en 1885.

Evenor Degreslan a fondé la franc-maçonnerie en Nouvelle-Calédonie, l’Union calédonienne qui relève du Grand Orient.

maison-higginson-1Num11-392

ANC. Collection Brun Dequen 1Num 11-392 Propriété Higginson (Numba) – Dumbéa

P1020552A proximité des vestiges de la sucrerie de Nimba,  face à l’allée des Palmiers, la résidence, une grande demeure de style colonial construite entre 1865 et 1869 par Degreslan- Duboisé, désormais propriété Fayard a été restaurée depuis que son toit a été arraché par le cyclone Erica en 2003.

allee-palmiers-ANC-1Num2---

ANC 1 Num-2 -983 Album de l'Archevêché de Nouméa Allée des Palmier Dumbea

P1020556Acquise par Victor Fayard en 1926 elle fût également propriété de John Higginson de 1878 et à  sa mort en 1904, ses héritiers la louèrent à la famille Lemoy qui en fit un restaurant vers 1911.erica_29

P1020468Toujours à côté des vestiges de la sucrerie de Nimba, côté route du barrage, face au trou sans fond, une solide maison d’époque qui fut habitée successivement par Léon Fayard et Charles Fayard, aujourd’hui décédés.

Cet ensemble de constructions offrent un témoignage inestimable de l’épopée des sucriers de Dumbéa.

Patrick DE VIVIES

(1)La Dumbéa des années 30, Henri Daly, bulletin n°64 SEH
(2) Toi qu’on appelle Dumbéa, B. Fustec
(3) D N Joubert, Pionnier Malchanceux, Claude Cornet, n°112 SEH
(4) La canne à sucre dans la vallée de la Dumbéa, D N Joubert, n°112 SEH

Photos anciennes :

ANC. Collection Brun Dequen 1Num 11-392             Propriété Higginson (Numba) – Dumbéa

ANC Album Robin – de Greslan 1 Num 1 – 23    E. Robin « Plaine de Némba, Propriété Duboisé et Grelan, Dumbéa », 1868.

ANC. Album Raoul de la VAISSIÈRE 1 Num 4 -44 Homme dans un champs de canne à sucre.

ANC   Album de l’Archevêché de Nouméa 1 Num-2 – 983 Allée des Palmiers à Dumbea

moto_Nouvelle-CaledonieAUTEUR : Lysis SONG

La Province Sud vient de prendre un arrêté interdisant aux motos marines, aux plaisanciers et aux Kite surfers de s’approcher à moins de 200 mètres de l’île aux Goélands de façon à ne pas perturber la reproduction de ces oiseaux actuellement en période nuptiale, période précédant celle de l’incubation.

Sur les ondes d’une radio locale, on nous a même expliqué que l’ombre d’une aile de Kite Surf pouvait provoquer la fuite de ces animaux  qui l’assimilent à un énorme prédateur et quittent alors définitivement leur nid.

 Peut-être ? De toute façon, il ne s’agit pas ici de condamner cette décision mais bien d’établir un parallèle avec les êtres humains.

 En effet, si je peux comprendre qu’on s’inquiète de la tranquillité des animaux, il serait aussi grand temps de s’occuper de la nôtre.

rte-de-koéLes Riverains de Koé ont, dans leur très grande majorité, intégré les interdictions susceptibles de causer une gêne pour leur voisinage notamment le dimanche, mais, ils ne s’expliquent pas encore pourquoi chaque week-end, quelques motards, apparemment étrangers au quartier, regroupés par 5 ou 6, s’amusent à effectuer des courses sur la grande ligne droite de Koé comme s’ils circulaient sur le circuit de NAKUTAKOIN pourtant si proche.

Circonstance aggravante (tout au moins, je le pense), ces deux-roues déjà bruyantes à régime normal deviennent assourdissantes (doux euphémisme) plein pot, de telle sorte qu’on anticipe leur arrivée à plusieurs centaines de mètres.

moto okA quand les sonomètres agréés ?

Pendant une période, la gendarmerie nationale et la police municipale effectuaient des contrôles de vitesse dont nous n’avions qu’à nous féliciter.

controle_routierMalheureusement, cette excellente pratique a disparu trop rapidement.  Avec l’approche des vacances (et des baignades) amenant un afflux de visiteurs, nous ne serions pas opposés à la présence des hommes en uniforme du côté du Couvoir. A moins que leur présence annoncée, avec la mise en place de la déviation, à hauteur de la Rhumerie, nous amène un répit inespéré, mais, peut-être éphémère.

 Alors qu’une tondeuse est beaucoup moins bruyante, son utilisation est frappée d’une interdiction dominicale. Les Riverains de Koé (et par extension, les Dumbéens) seraient-ils, donc, les seuls concernés par la lutte contre le bruit ?

 Va-t-on laisser ces quelques « visiteurs – pollueurs »  nous empoisonner l’existence ?

 N’avons-nous pas le droit comme les sternes à notre tranquillité ?

 …mais, il y a aussi des riverains exaspérés.

 Lysis SONG

(1) Parodie des paroles de la chanson de François DEGUELT, « Le ciel, le soleil et la mer »

Carigou-panneauAUTEUR : Patrick de Vivies

Nous avions annoncé dans un précédent article le démarrage des travaux de construction d’un nouveau pont sur la rivière Carigou, au niveau de l’Auberge de la Rhumerie. Depuis mercredi 4 novembre, la déviation est désormais en place et les véhicules doivent tourner à gauche juste avant l’Auberge, et suivre la voie qui traverse une propriété privée.

carigou-déviationCarigou-pont-déviationLa construction du nouveau pont, appelé à remplacer l’ancien, va pouvoir débuter. Ils devraient se poursuivre jusqu’au mois d’avril.

Les travaux sont financés par la ville et 52 MF sont inscrits au budget primitif de la ville pour financer cette infrastructure. Compte tenu de la faiblesse du budget d’investissement de la commune cette année, liée à la situation financière très difficile dont à hérité la nouvelle mandature, l’effort de la municipalité marque la volonté politique de respecter un engagement de campagne que la précédente mandature n’avait jamais honoré.

bouchon-col-de-tonghouéSi on ne peut que se féliciter de l’engagement de ces travaux attendus qui sécuriseront la traversée du creeck, force est de constater que la route vers Nouméa est désormais un véritable parcours du combattant : déviation à la Rhumerie, une voire parfois deux circulations alternées simultanées dans le col de Tonghoué, avec ses tranchées instables traversant la RT1, ralentissement pour travaux au niveau du futur giratoire des Alamandas, à l’entrée du nouveau lotissement des collines d’Auteuil… Vivement la quille !!!

Patrick de Viviès

A lire également « Le pont de la Rhumerie refait à neuf », les Nouvelles-Calédoniennes du 2 novembre 2009

grd tuyauAUTEUR : Lysis SONG

Prévu après l’installation des délégués syndicaux désignés à l’issue du renouvellement des conseils municipaux, l’avenant n° 3 au Traité de Concession entre le S.I.V.U des Eaux du Grand Nouméa et la S.A.D.E.T a, enfin, été porté sur les fonts baptismaux le 29 juin 2009. Il prend effet à compter du 1er juillet 2009.

 « Le SIVU a … voulu tenir compte des observations de la Chambre Territoriale des Comptes, notamment en ce qui concerne deux impératifs :

  • un lien substantiel entre la rénumération du concessionnaire et le risque d’exploitation,
  • un contrôle efficient du concédant sur la gestion du service public. »(1)

 En tant que consommateur, c’est bien sûr, la rénumération du concessionnaire qui nous intéresse.

100521sLe concessionnaire est toujours autorisé, comme  lors du Traité de Concession du 31 décembre 1998 et des deux précédents avenants (n° 1 du 16 mars 1999 et n° 2 du 30 mars 2005), à percevoir une rénumération composée de deux éléments :

  • Une Redevance Abonnement (payée par les usagers)
  • Une rénumération Variable (à la charge des communes ou de leurs délégataires)

 En ce qui concerne la Redevance Abonnement, sa formule de variation a, certes, été modifiée en supprimant, entre autres, la composante liée aux ventes prévisionnelles d’eau, mais en relevant considérablement  le montant de base de l’Abonnement (+ 214 850 000 F) comme l’y autorise l’article 20 du Traité de Concession.

La résultante, c’est que cela se traduit, finalement, pour le consommateur, par une baisse de 38,23 F/m3 à 35,34 F/m3 au niveau de sa participation au financement du Grand Tuyau, pour le deuxième semestre 2009 et le premier trimestre 2010.

 Après ? Le tarif de base sera révisé au 1er avril 2010, mais, les paramètres sont trop nombreux.

 En ce qui concerne la rénumération Variable, le prix du m3 d’eau livré, par la S.A.D.E.T, aux réseaux de distribution (qui entre ensuite dans le calcul du prix de vente à l’abonné), il a été convenu d’un prix P = 20,82 F/m3 pour la période du 1er juillet 2009 au 31 mars 2010.

Avec le décalage contractuel, ces achats d’eau ne devraient être répercutés sur les factures des Dumbéens qu’à compter du 1er avril 2010.

facture-eau-okMais, la différence entre les tarifs dérogatoires de 2005 (2,72 F/m3 pour la tranche 2 ou 9,94 F/m3 pour la tranche 3, réactualisable) et le prix P, ci-dessus convenu, entraînera, à mon avis, une hausse du prix de vente du m3 à l’abonné.

 « Le concessionnaire a, certes, intégré plus de variabilité dans sa rénumération en modifiant la répartition des recettes entre l’abonnement et la part variable, ce qui introduit une plus grande part de risque assumée par le concessionnaire »(1), mais, il n’est pas encore certain que l’abonné en soit bénéficiaire. Etait-ce, là, l’objet de l’avenant ?

 « La part variable du chiffre d’affaires (s’était) limitée à 3% en 2005 et à 0,3% en 2006. » (2)

 La C.T.C avait souligné que la jurisprudence retenait comme seuil qu’au moins 30% du chiffre d’affaire devait dépendre exclusivement de la fréquentation du service par les usagers pour caractériser une concession.(2)

 Qu’en sera-t-il dans les prochaines années avec ce nouvel avenant ? Atteindrons-nous les 30 % ?

 Lysis SONG

(1)   d’après l’avenant n° 3 au Traité de Concession entre la S.A .D.E.T et le S.I.V.U des Eaux du Grand Nouméa (page 3)

(2)   d’après le Rapport d’Observations Définitives établi à la suite de l’examen de la Gestion du Syndicat Intercommunal à Vocation Unique des Eaux du Grand Nouméa (pages 17 et 35)

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Plaine-adamAUTEUR : Patrick de Viviès

De nombreux rapports évoquant Dumbéa, indiquent que c’est la rivière qui a donné son nom à la commune ou encore qu’elle porte le nom de la rivière éponyme la traversant. Ce qui pourrait laisser croire que « Dumbéa » est le nom vernaculaire original de la rivière. Qu’en est-il au juste ?

E.-Robin-la-Dumbéa-1868Les premiers récits écrits anciens de l’époque coloniale (1856-59), comme celui d’Emile Foucher (1) nomment cette rivière du nom de Dumbéa ou Doumbéa sans préciser l’origine éthymologique du nom d’apparence vernaculaire : est-il le nom donné par les autochtones ou celui choisi par le colonisateur ?

Le manuscrit de Victor de Malherbe(2), de la même époque (1855-59) parle de la rivière de Numbéa pour désigner la grande rivière au nord ouest de la péninsule.

2-Num-3---375-vallee-DumbeaLe manuscrit des Ephémérides (3) indique en 1858 entre parenthèse derrière « la rivière de Dumbéa »  le mot « Ouaka» sans qu’il soit possible de déterminer s’il d’agit du nom d’un lieu derrière la rivière ou le second nom sous lequel est également baptisé la rivière.

Il faut attendre les travaux des hydrographes et cartographes qui de 1878 à 1880 établirent la cartographie du Sud Calédonien et les nombreux récits qui furent publiés à l’époque dans le Moniteur, notamment par Messieurs  Bourgey et Destelle, lieutenants d’infanterie, pour disposer d’informations attestant que « Ouaka » ou « Waka » est en réalité le nom indigène de la rivière Dumbéa. Ainsi, dans un numéro du Moniteur de février 1867, M. Bourgey écrit « nous étions au bord d’un cours d’eau magnifique appelé Ouaka par les naturels, mais désigné communément à Nouméa sous le nom de Dumbéa ou grande rivière. »

carte-dombéaDans les écrits de cette époque le nom Dumbéa est fréquemment orthographié Dombéa. C’est ainsi que le gouverneur Guillain (7) délimita par arrêté « le périmètre de Dombéa déterminant le lotissement du dit périmètre », périmètre qui est désormais celui de la commune de Dumbéa.

Certains auteurs (4) ont supposé une origine commune au nom Dumbéa et Nouméa. On remarque la nasalisation des consonnes qui dans les langues mélanésiennes conduisent les D a être prononcés « nD » et les « B » prononcés « mB ». Le terme Nouméa n’aurait conservé que la nasalisation des consonnes disparues par déformation du nom ancien « nDu mBéa » qui pourrait être « Djubéa » ou « Drumbéa », c’est-à-dire le nom dont était baptisé le pays qui s’étendait de la Tamoa au Mont-Dore. Le mot Numéa, comme l’indique Jean Guiard(5), est écrit la première fois en 1853 (6) par Eskine et désignait non seulement la péninsule, la vallée de la rivière proche, mais tous le pays du Grand Nouméa.

1Num20-42-riviere-Dumbea-19Le mot « Dumbéa », déformation du nom du pays Djubéa aurait ainsi été donné à tord par un occupant ignorant à la grande rivière, en interrogeant probablement les naturels sur le nom du lieu. Une rivière qui se serait appelé en réalité la rivière Ouaka, ou Waka, nom que l’on retrouve conservé dans la toponymie du nom de l’embouchure de la rive gauche de la Dumbéa, nom du clan Téé Waka auxquels appartiennent différentes lignées résidentes de la vallée lors de l’arrivée des européens.
Patrick de Viviès

(1) Récit des trois moineaux Emile Foucher 1855-59 publié par la SEH n°42
(2) Manuscrit de Victor de Malherbe (1855-59) publié par Joël Dauphiné
(3) manuscrit des Ephémérides (1855-1864) publié par la SEH n°42
(4) Journal de la société des Océanistes Dorothée Dussy 1996
(5) Heurs et malheurs du pays Numéa, Jean Guiard, 2000
(6) Journal of a Cruise among the Islands of the Western Pacific, Eskine John 1853
(7) Toi que l’on appelle Dumbéa, Fustec, dont le titre est paraphrasé

Photos :

ANC Album Robin – de Greslan 1 Num 1 – 24    E. Robin « Vue prise sur la Dumbéa », 1868.

ANC 2Num3 375 Fonds du Hauticommissariat

ANC Album Anzac 1 Num 20 – 42    Dumbea river 1944

DRV--291009-groupeAUTEUR : Patrick de Viviès

DRV-291009-WWFDans le cadre de l’opération organisée par l’association Dumbéa Rivière Vivante et le WWF avec l’école John Higginson de Dumbéa, une seconde sortie de la classe de CE1 de maitresse Caroline s’est déroulée le 29 octobre.

DRV-291009-visiteLa première sortie du 29 septembre avait pour objectif de faire découvrir aux enfants sur place la richesse de l’écosystème de la rivière et l’interdépendance entre les différentes formes de vies animales et végétales.

DRV-291009-batteriesLa seconde sortie visait à sensibiliser les enfants sur les menaces qui pèsent sur ce fragile écosystème. Il n’y a hélas pas besoin de chercher beaucoup pour faire toucher du doigt la réalité de ces menaces.

DRV-291009-déchetsLes déchets abandonnés par des visiteurs indélicats sont abondants, malgré les poubelles mise en place par l’association Dumbéa Rivière Vivante en 2002 et collectées hebdomadairement dans le cadre d’un partenariat avec la ville de Dumbéa.

Les plus dangereux d’entre eux, pour les poisons qu’ils contiennent, les piles et les batteries, ont hélas pas été difficiles à trouver. Les enfants ont même trouvé un frigo abandonné dans les brousses !

DRV-feuxLes traces du feu sont également partout visibles.

DRV-menace-feuxMalgré l’interdiction totale de faire du feu, les emplacements de feux de pique-nique sont nombreux et la nature est marquée par les incendies qui ont brulent la montagne presque chaque année au niveau du stand de tir.

DRV-291009-feuDRV-menace-minesLes cicatrices laissées par la mine sont également visibles partout, et l’érosion intense envase le lit de la rivière d’importantes quantités de terre minière stérile.

Les espèces envahissantes constituent une menace plus difficile à percevoir. Pour sensibiliser les enfants, les bénévoles du WWF et de Dumbéa Rivière Vivante avaient apportés des tortues de Floride, une espèce introduite si attractive quand la tortue est petite.

DRV-291009-tortue-florideEncombrante quand elle devient grande, elle devient un redoutable envahisseur lorsqu’elle s’échappe dans le milieu naturel.

DRV-291009-kaorisDes plantes aquatiques envahissantes ont également été présentées, comme les jacinthes d’eau, les choux fleurs, les lentilles d’eau, utilisées pour décorer les bassins mais redoutablement envahissantes lorsqu’elles accèdent à la rivière.

Pour cloturer la sortie par l’apprentissage d’un geste écocitoyen, les enfants ont été invités à planter des Kaoris sur les berges de la rivière.

DRV-291009-carolineCes sorties ponctuent la réalisation en classe d’une maquette géante (2m sur 2.5 m) du bassin versant de la rivière Dumbéa avec le concours d’un artiste plasticien Terence Barnes, autour de laquelle s’articule la sensibilisation sur la vie de la rivière et les menaces qui pèsent sur elle.

Les parents et enfants des autres classes pourront admirer la maquette géante qui sera exposée à l’occasion de la fête de fin d’année de l’école John Higginson qui se déroulera le 28 novembre 2009.

Patrick de Viviès

A lire également « Les écoliers inquiets pour leur rivière », les Nouvelles Calédoniennes du 1er novembre 2009